Vendredi ou la Vie sauvage - Michel Tournier

Créé le · dernière mise à jour le

Informations sur le livre

  • Titre : Vendredi ou la Vie sauvage
  • Auteur : Michel Tournier
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • EAN: 9782070650644
  • Date de publication : 02/11/2012
  • Genre : Action / Aventures
  • Note : ⭐ ⭐ ⭐ ⭐ ☆ (4/5)

Statut

  • Dans ma collection : Oui
  • Format : Physique et numérique
  • Statut de lecture : Terminé
  • Date de début de lecture : 09/02/2026
  • Date de fin de lecture : 17/02/2026

Résumé

Le 29 septembre 1759, le navire “La Virginie” fait naufrage. Seul rescapé, Robinson échoue sur une île déserte où il tente de survivre à une nature hostile en déployant des trésors d’ingéniosité. Mais son existence solitaire bascule le jour où un autre être humain fait son apparition sur l’île : Vendredi, le sauvage…

Notes personnelles

Alerte spoiler

Ce billet décrit quelques évènements majeurs du livre, même si j’estime que pour cette aventure, c’est le chemin qui importe plus que la destination.

Motivé par ma dernière lecture et l’achat de ma liseuse, j’avais envie de lire un autre roman avant de repasser à RAINBOW. Cherchant quelque chose de relativement court et présent dans ma bibliothèque, mon choix s’est porté sur Vendredi ou la Vie Sauvage par Michel Tournier : une lecture classique souvent donnée à lire à l’école, ce qui suggérait qu’elle n’était pas trop compliquée.

Le livre, constitué de chapitres très courts, relate le naufrage et la survie de Robinson Crusoé sur l’île Speranza, à travers ses espoirs, ses réussites, ses échecs et rencontres inattendues.

À l’exception de quelques mots de vocabulaires anciens qui m’étaient inconnus, on ne retrouve ni fioritures, ni figures de style absolument imbuvables. Pas besoin ici de s’y reprendre à plusieurs fois pour comprendre une seule phrase : tout glisse tout seul.

Dominer ou se faire dominer

Le livre se découpe en deux parties. La première se présente comme un récit d’aventures avec le naufrage du protagoniste, sa découverte de l’île et son adaptation à ce milieu inhospitalier : recherche de nourriture et d’eau, moments de chasse, construction d’un abri, le tout à l’aide d’objets récupérés sur l’épave du navire qui le transportait.

On y met l’accent sur la solitude qu’il éprouve : il est le seul survivant du naufrage, à l’exception d’un chien retrouvé plus tard et qui lui tiendra compagnie.

Dans cette partie, Robinson développe son rapport à l’île : il la craint, apprend à l’apprivoiser et finit par la dominer, elle et son écosystème. Il tente de construire un navire pour la fuir (ce qui échoue lamentablement au point qu’il tombe en dépression), puis retrouvant un peu d’espoir, il décide d’y planter des céréales et des légumes, d’y élever des chèvres et d’y construire un village entier à l’image de la société anglaise contemporaine.

Un aspect développé dans cette partie (et qui m’a beaucoup plu) porte sur la santé mentale du personnage : démoralisé par ses échecs et étant convaincu qu’il ne lui reste plus aucun espoir, on le voit barboter dans la souille à l’image des porcs peuplant l’île, délirant à cause des effluves toxiques émanant de la boue.

Il ne persiste cependant pas et retrouve la motivation grâce au travail et à son projet de reproduction de la civilisation : il construit des bâtiments et définit les règles de fonctionnement de ce petit pays dont il est le seul habitant. Il se reprend également physiquement, décidant d’enfin se raser et de se vêtir de vrais vêtements.

Cette phase de domination de l’île n’est pas sans rappeler la colonisation qui marque fortement l’histoire anglaise, et cela se confirme avec l’arrivée de Vendredi : un jeune Indien qu’il sauve in extremis de l’exécution par ses pairs, venus troubler la sérénité de son île. Il lui donne un nom (correspondant au jour de son arrivée sur Speranza) et son premier réflexe est de se placer en maître et d’en faire son esclave : il lui impose les règles de son royaume, le fait travailler toute la semaine et le met à son service.

La vie sauvage, la vraie

Sa liberté, Vendredi la récupère en faisant accidentellement exploser des barils de poudre rangés dans une grotte, après s’y être caché pour fumer la pipe : tous les bâtiments de l’île sont détruits, mais nos deux protagonistes sont encore en vie.

À ma grande surprise, Robinson ne s’énerve pas et commence alors la seconde partie du roman, qui se veut être d’apprentissage. Il décide enfin d’abandonner sa vie faussement civilisée une bonne fois pour toutes, pour commencer à apprendre à vivre à la manière de l’île et de sa vie sauvage. Le changement de ton est radical : c’est beaucoup plus doux, philosophique et contemplatif.

Au centre des projecteurs, c’est Vendredi qui mène la danse : Robinson observe sa manière de vivre, essaye de comprendre sa philosophie et la manière dont elle le libère. Il apprend à l’apprivoiser lui aussi, devient presque spectateur de cette histoire et se libère non pas de l’île, mais de lui-même.

Quant à la relation entre Robinson et Vendredi, elle ne s’inverse pas, mais s’égalise, si ce n’est que Vendredi devient professeur et Robinson son élève.

Au-delà des événements décrits que j’ai trouvé presque réconfortants, le passage du temps est géré de manière vraiment habile : pour le lecteur, un chapitre se lit en l’espace de cinq minutes, ne faisant que quatre ou cinq pages à tout casser. Des instants fugaces, qui sont pourtant séparés sans qu’on ne le sache par des mois, des années. Robinson découvre à la fin du livre qu’il vit sur l’île depuis au moins 28 ans.

L’histoire se conclut de manière vraiment mélancolique : Robinson décide de rester sur l’île, ne pouvant plus retrouver sa place dans la civilisation moderne. Vendredi la quitte cependant, émerveillé par ce petit bijou d’ingénierie que représente le voilier venu se ravitailler sur leur île. Innocent, il ne se doute pas du traitement réservé aux personnes de sa couleur.

Robinson veut mettre fin à ses jours, ayant perdu définitivement son seul et dernier compagnon : c’était sans compter sur la présence d’un jeune mousse s’étant échappé du bateau, à qui il décide d’apprendre les préceptes de la vie sauvage.

Robinson et les robinsonnades

Après avoir terminé cette lecture et souhaitant me renseigner sur l’auteur, j’ai découvert quelque chose d’inattendu : ce livre que je venais de terminer n’était absolument pas celui auquel je pensais.

Quand on me parlait de Robinson Crusoé, je pensais innocemment que Vendredi ou la Vie Sauvage était l’œuvre originale dont le personnage était issu, mais non : il vient à l’origine du livre éponyme écrit par Daniel Defoe en 1719. Il s’agit ici d’un pur roman d’aventures du début jusqu’à sa fin, ancré dans l’histoire coloniale et dans la traite négrière, là où celui que j’ai lu explore une relation nettement différente entre les deux naufragés.

Pire encore : Tournier avait tout d’abord écrit un autre roman en 1967 intitulé Vendredi ou les Limbes du Pacifique, qui était sa première réinterprétation du mythe, avec encore une fois un accent mis sur la relation des personnages.

Mais qu’ai-je donc lu alors ? Vendredi ou la Vie Sauvage a été écrit quatre ans plus tard et l’on considère généralement qu’il s’agit de l’adaptation jeunesse de son autre roman. Tournier insiste cependant sur le fait qu’il ne s’agit ni d’une version abrégée, ni d’une version appauvrie de son premier livre. Son contenu est différent, l’organisation des chapitres également.

Pour l’auteur, Vendredi ou la Vie Sauvage constitue la version meilleure de son roman. Cela me rassure un peu.

Quelques recherches m’ont permis de découvrir le genre littéraire (et cinématographique) des robinsonnades, mettant en scène un héros isolé de sa civilisation d’origine à la suite d’un accident, devant apprendre à survivre dans un monde souvent inhospitalier.

J’adore l’idée qu’une œuvre soit tellement culte qu’elle en vienne à créer un genre à part entier avec ses codes et ses règles de base. Chaque auteur a alors le loisir d’adapter et de déformer ces lignes directrices pour créer des œuvres tellement différentes, mais dont le fond est commun.

Adieu, Speranza… ?

L’œuvre originale anglaise ne m’intéresse pas plus que ça, notamment parce que j’ai trouvé l’exploration de la relation entre Robinson et Vendredi vraiment passionnante et que ce n’est pas du tout le fond du roman de Defoe.

Quant à Vendredi ou les Limbes du Pacifique, je serais tenté de le lire pour en faire la comparaison, mais une partie de moi veut faire confiance à l’auteur sur la version qu’il estime être sa meilleure.

Dans tous les cas, cette lecture ne se fera pas tout de suite, n’étant pas encore tout à fait prêt à retrouver Robinson et Vendredi sur leur île, dont la lecture précipitée des mésaventures risquerait de m’en dégoûter.

À bientôt, je l’espère donc, Speranza !

Glossaire

Talus
(Géographie) Terme utilisé pour décrire un mouvement de terrain en pente
Récif
Rocher ou chaîne de rochers à fleur d’eau, dans la mer
Mousquet
Arme à feu qui était en usage avant le fusil et qu’on faisait partir au moyen d’une mèche allumée
Étoupe
(Textile) Partie la plus grossière de la filasse
Vilebrequin
Outil à main, en forme de manivelle, qui soumet son embout, une mèche ou un foret, à un mouvement de rotation autour d’un axe longitudinal, pour forer un trou dans un matériau rigide
Pécaris
(Histoire naturelle) Sorte de porc sauvage de la famille des Tayassuidae, les trois espèces actuelles sont essentiellement sud-américaines
Hétéroclite
(Didactique) Qui s’écarte des règles ordinaires, composite, mélangé, divers, panaché, hétérogène. Mélangé d’éléments disparates. Se dit d’une œuvre dont les différentes parties appartiennent à des styles et des mouvements artistiques différents
Éperon
(Équitation) Pièce de métal à deux branches, qui s’adapte au talon du cavalier et dont l’extrémité pointue ou portant une molette sert à piquer les flancs du cheval pour le stimuler
Fanaux
Grosse lanterne
Charançon
(Coléoptérologie) Coléoptère qui ronge les blés et autres grains, dans les greniers
Belliqueux
Qui aime la guerre, qui cherche à la provoquer, à l’encourager. Qui manifeste un goût pour la querelle; agressif, batailleur
Souille
(Chasse) Cuvette bourbeuse où se vautre ponctuellement le gibier pour se débarrasser de ses parasites
Quinconce
Groupe de cinq arbres dont quatre sont plantés en carré et le cinquième au milieu
Corrals
Enclos où l’on parque les animaux, en particulier les bovins
Garenne
(Chasse) Défense de pêcher dans une rivière, de chasser dans un bois. Plus particulièrement, lieu à la campagne planté d'arbres, où il y a des lapins et où on a soin de les conserver
Vivier
Pièce d’eau courante ou d’eau dormante, dans laquelle on nourrit, on conserve du poisson ou des crustacés
Cavalcade
Défilé festif de gens à cheval ou de chars dans une fête publique
Genêt
Différents genres de plantes de la famille des Fabacées, qui renferment un grand nombre d’arbrisseaux et d’arbustes, la plupart à fleurs jaunes
Herser
Soumettre (la terre) à l’action de la herse
Repiquer
(Jardinage) Replanter un jeune plant venu en semis
Sarcler
(Agriculture, Jardinage) Arracher avec la main ou couper sous terre avec un instrument tranchant les mauvaises herbes qui croissent dans un champ, dans un jardin, etc.
Bassiner
Chauffer un lit avec un ustensile contenant des braises : la bassinoire ou le moine
Litière
Lit de paille ou autre espèce de fourrage que l’on répand dans les écuries, dans les étables pour que les bêtes puissent s’y coucher
Prélat
(Religion) Celui qui a une dignité considérable dans l’Église, avec juridiction spirituelle ou, jadis, temporelle
Ankylosé
(Médecine) Qui souffre d’ankylose, c’est à dire d’un arrêt complet ou incomplet du mouvement dans les jointures
Piaffer
(Manège) Marcher, en levant les jambes de devant fort haut et les abaissant en frappant le sol sans presque avoir avancé, en parlant du cheval
Suint
Liquide épais et gras qui suinte du corps des bêtes à laine
Pantomime
Sorte de drame où les acteurs suppléent à la parole par le geste
Hauban
(Marine) Échelles de corde par lesquelles on monte dans la mâture
Hune
(Marine) Sorte de plate-forme élevée qui est en saillie autour des mâts et qui sert à soutenir les hommes chargés des manœuvres hautes
Vergue
Espar, généralement cylindrique, attaché en travers des mâts d’un navire pour en soutenir les voiles
Presbytère
(Religion) Habitation destinée au curé, au pasteur, dans une paroisse
Hirsute
Qui est hérissé, d’aspect sauvage
Robinsonnade
(Littérature) Genre littéraire ou narratif qui met en scène la survie et l’adaptation d’un personnage isolé, inspiré de Robinson Crusoé