Scarlet et l'Éternité - Mamoru Hosoda
Informations sur le média
- Titre : Scarlet et l'Éternité
- Réalisateur : Mamoru Hosoda
- Studio : Studio Chizu
- Plateforme : Cinéma
- Date de sortie : 21/11/2025
- Genre : Fantastique
Statut
- Dans ma collection : Non
- Format : Cinéma
- Statut de visionnage : Terminé
- Date de début de visionnage : 23/02/2026
- Date de fin de visionnage : 23/02/2026
Résumé
Scarlet, une princesse médiévale experte en combat à l’épée se lance dans une périlleuse quête pour venger la mort de son père. Son plan échoue et grièvement blessée elle se retrouve projetée dans un autre monde, le Pays des Morts.
Elle va croiser la route d’un jeune homme idéaliste de notre époque, qui non seulement l’aide à guérir mais lui laisse également entrevoir qu’un monde sans rancœur ni colère est possible. Face au meurtrier de son père, Scarlet devra alors mener son plus grand combat : briser le cycle de la haine et donner un sens à sa vie en dépassant son désir de vengeance.
Notes personnelles
Vu dans le cadre du festival Anima 2026 en compagnie de G et J, je dois dire avoir été très déçu. Je comptais principalement sur la réputation de Mamoru Hosoda (Summer Wars, La Traversée du Temps ou encore Belle) et je n’avais vu qu’un trailer d’annonce de ce film il y a quelques mois au cinéma.
Les 20 premières minutes étaient vraiment bonnes, avec la mise en place d’une tragédie directement inspirée d’Hamlet. On y retrouve un royaume du Danemark absolument magnifique, une trahison du roi et l’assassinat de la princesse. S’en suit la découverte du monde des morts à travers de plans somptueux sur des plaines désolées et corrompues, puis finalement, le début de la quête de l’héroïne, motivée par son désir de vengeance.
Tout allait bien jusqu’à l’arrivée du second protagoniste, un secouriste japonais des temps modernes ayant lui aussi trépassé. On comprend alors que ce monde des morts rassemble des personnes de différentes époques, un concept que j’ai trouvé plein de potentiel, mais qui ne sera pas justement exploité.
Ce personnage est lisse et inintéressant au possible : il n’a aucune histoire, aucune personnalité, sinon celle d’être un pacifiste convaincu, en particulier dans un monde où (presque) tout le monde semble vouloir les tuer. Scarlet a toutes les raisons de vouloir se défendre et de se venger, mais ce n’est apparemment pas au goût de cet hurluberlu.
Il ne cesse de lui rappeler que tuer des gens (même s’ils essaient de nous tuer), ce n’est pas bien, et décide de le prouver en fonçant tout droit sur des ennemis armés pour leur demander d’arrêter de se battre. Il finit d’ailleurs systématiquement par se faire sortir de là soit par l’héroïne, soit par un dragon géant sorti de nulle part (qui viendra les sauver trois fois de la même manière tout au long du film).
Autant, je peux comprendre le rapport à Hamlet et l’idée d’apprendre au personnage principal que la vengeance n’est pas une solution, autant ici, c’était tellement grossier que cela ne ressemblait à rien d’autre qu’un énorme cliché.
Ces deux personnages n’ont d’ailleurs aucune alchimie. Ils ne sont nullement intéressés l’un par l’autre et je ne parle pas d’intérêt romantique : dans ce genre de situation, je me serais attendu au minimum à des questions sur leurs histoires et époques respectives. C’est d’autant plus gênant que la dernière scène entre les deux personnages est un baiser complètement sorti de nulle part…
Parlons maintenant de la quête principale : Scarlet découvre que son oncle, meurtrier de son père le roi, est également présent dans le monde des morts. Elle décide donc de le retrouver pour le tuer et se venger. On ne saura d’ailleurs jamais comment ce monde fonctionne exactement pour que son oncle et tous ses sbires soient présents au même moment, au même endroit. On ne nous expliquera pas non plus comment il s’est retrouvé à la tête d’une gigantesque armée dans un château qui semblait déjà prêt à l’accueillir.
De manière générale, on ne comprendra jamais grand-chose : ce monde des morts est intrigant, mais ne sert vraiment que de décor pur et simple à la tragédie d’Hamlet, au détriment d’une quelconque logique.
Son épopée se résume à tomber par hasard sur l’un des meurtriers de son père, de le battre et de l’épargner, pour finir par récupérer une information la rapprochant de son oncle. Mention spéciale aux deux sbires qui arrivent à se sauver la peau, car, bien qu’ayant participé au complot, n’ont pas abaissé leur arme sur le roi pendant son exécution (comme si cela leur enlevait toute responsabilité).
Elle découvre ainsi qu’il existe un paradis infini au sommet d’une montagne et que son oncle tente d’y accéder, il ne lui reste donc plus qu’à s’y rendre.
Pendant son voyage, ils rencontrent un peuple de Bédouins composés de personnes de différentes époques et régions géographiques. Je déplore d’ailleurs le manque de diversité temporelle dans cette histoire, mais où sont donc les humains du futur ou du passé lointain ?
La scène qui m’aura définitivement fait sortir du film prend place autour d’un feu de camp. Scarlet a une vision d’un monde alternatif où elle vivrait au Japon avec le secouriste, réalisant une chorégraphie dans la rue avec lui, entourés de gens dansant tout autour. Ce moment est littéralement sorti de nulle part et son ton dénote avec tout le reste du film. Je me demandais si ce n’était pas du foreshadowing ou quelque chose de similaire, mais non : la seule conséquence de cette scène, c’est que Scarlet se coupe les cheveux pour avoir la même coupe que dans sa vision.
Les protagonistes découvrent l’existence du château et décident de s’y rendre : ils arrivent au bon moment, car c’est apparemment le jour où tout le monde a décidé de se rebeller et de l’assiéger. Ils n’ont donc pas grand-chose à faire si ce n’est avancer. Ils découvrent que le château est vide, grimpent au sommet de la montagne et combattent deux assassins envoyé par l’oncle, qui se font tuer par les deux conspirateurs qu’ils avaient épargnés (cela tombe super bien).
En atteignant la porte du paradis, elle retrouve son oncle. Grandie de par son aventure, elle décide cependant de l’épargner et de le pardonner. Elle se fait alors littéralement cracher au visage et se rend compte que la dernière parole de son père (un mystère entretenu pendant la moitié du film), “Pardonne”, lui était adressée directement : elle devait SE pardonner.
Mais se pardonner de quoi, au juste ? Son père s’est fait tuer devant ses yeux à cause de son oncle, ce dernier l’a également assassiné elle, et maintenant, il vient encore de la trahir une dernière fois. Alors qu’elle est sur le point de se faire poignarder dans le dos, le fameux dragon vient la sauver. Encore.
Pendant son agonie, il se met à répéter le nom de sa nouvelle femme, mère de Scarlet et ancienne épouse du roi, Getrude. On voit ce personnage trois fois à tout casser dans le film, mais il semblait en attendre la venue, ce qui de nouveau soulève beaucoup de questions : quand arriverait-elle, étant donné que de toute façon, elle finirait par mourir de vieillesse ? En supposant qu’elle arrive enfin, comment ferait-elle pour retrouver son amant, en sachant que Scarlet est apparue très loin du château ?
La suite n’en est que meilleure : son cher compagnon de route la rejoint, mais suite à son dernier combat (pendant lequel il tue quelqu’un et dont on ne reparlera jamais), il s’est malheureusement fait mortellement poignarder. Il avait juste caché sa blessure le temps qu’on arrive à la fin du film. On découvre également que Scarlet n’est pas vraiment morte et qu’elle va pouvoir rentrer chez elle, une belle occasion de s’embrasser et de retourner au Danemark, sauvée par un antidote.
Cerise sur le gâteau : on découvre que l’oncle est effectivement mort, ayant accidentellement bu dans un verre empoisonné peu après l’assassinat de Scarlet. La dernière scène consiste en un discours de la nouvelle reine adressé directement à la marée humaine constituant son peuple. Très cocasse, compte tenu du fait que certaines personnes situées à des kilomètres semblaient pouvoir l’entendre, alors qu’elle-même a été incapable de recevoir les dernières paroles de son père, exécuté 20 mètres devant elle.
J’en ressors absolument frustré : ce film avait beaucoup de potentiel, mais il est complètement gâché par une histoire bancale, des personnages clichés et inintéressant au possible, sur fond d’un univers sous-exploité dans son principe, ses mécaniques et sa logique.
J’aurais adoré avoir une version du film où Scarlet découvre des civilisations construites par une association de personnes d’époques différentes, de voir par exemple comment des personnes issues de l’Egypte antique auraient pu évoluer avec des technologies modernes. J’aurais également vraiment aimé voir un film où le compagnon de Scarlet soit autre chose qu’un cliché sur pattes sans aucun intérêt.
Finissons quand même sur une note positive : j’ai trouvé les décors et environnements absolument magnifiques. Autant, je me suis vraiment ennuyé, autant, j’en ai pris plein les yeux, dommage que cela ne suffise pas.
Si j’ai bien quelque chose à retirer de ce film, c’est qu’il m’aura au moins donné l’envie de me faire la filmographie du réalisateur, que cela soit pour en revoir certains ou découvrir ceux que je n’ai pas encore vu. Cela m’enlèvera peut-être ce sentiment d’amertume que m’a laissé ce film.
Franchement, quel gâchis !